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Tchekhov et le rêve inassouvi

Les finissants en interprétation ont offert un extrait de la pièce de Tchekhov. (Photo Claude Desjardins)

Photo Claude Desjardins

La metteure en scène Isabelle Leblanc (à gauche), en compagnie de quelques-uns des interprètes des

Tchekhov et le rêve inassouvi

Les Trois sœurs

Parce que le théâtre de répertoire a fait celui d’aujourd’hui et parce que Anton Tchekhov en est l’un des plus illustres représentants, les finissants de l’École de Théâtre professionnel du Collège Lionel-Groulx vous proposent Les Trois sœurs, l’une des œuvres majeures du dramaturge russe, dans une mise en scène d’Isabelle Leblanc.

Auteur prolifique malgré une bien courte vie (il est mort en 1904, à l’âge de 44 ans), Tchekhov a résolument marqué son époque en développant un théâtre associé au mouvement réaliste, produisant des œuvres dans lesquelles on observe la bourgeoisie de l’époque, engluée dans son mal de vivre, son absence d’audace et son inaction chronique, étirant les jours d’une vie où l’on est condamné à boire, manger, dormir et… mourir, de monologuer l’un des personnages de la pièce.

Le désir de vivre et d’aimer

Voilà donc à peu près résumée la vie de ces Trois sœurs, depuis cette maison de campagne où elles rêvent de Moscou, la ville de leur jeunesse qu’elles ne reverront évidemment jamais. Pour la metteure en scène Isabelle Leblanc, qui en signe aussi l’adaptation (des contraintes au niveau de la distribution et une volonté de resserrer le tout), Les Trois sœurs demeure une œuvre touchante parce qu’intemporelle et parce qu’elle parle aussi de nous. «J’aime la justesse avec laquelle Tchekhov met en scène ces personnages qui ne sont pas des héros, mais des êtres hésitants qui rêvent plus qu’ils n’agissent. J’aime la beauté de leurs idées, leur désir de vivre et d’aimer» , dit-elle, tout en établissant un lien avec le théâtre de Beckett (En attendant Godot, Fin de partie), dont elle perçoit Tchekhov (et elle n’est pas la seule) tel un précurseur.

«Les personnages de l’un et l’autre se ressemblent. Ils se demandent: qui sommes-nous, où allons-nous, quand est-ce que ça finit? Il n’y a pas d’action» , soumet-elle. Cela dit, il faut aussi reconnaître que le théâtre de Tchekhov n’est pas nécessairement facile d’approche… sauf si on se laisse le temps d’apprécier la profondeur et l’humanité de ceux qui l’habitent. Aussi, la metteure en scène suggère qu’on s’y rende sans à priori.

«Oui, on y discute de questions graves, mais on y trouve tout plein de choses qui nous appartiennent. Il y a quelque chose de très festif aussi, de très drôle chez Tchekhov» , ajoute Isabelle Leblanc qui dit avoir puisé dans les didascalies cette matière qu’elle s’amuse à mettre en scène.

Dans l’espace

À ce propos les personnes des Trois sœurs palabreront dans un espace imaginé par Hugo Shink Julien, lequel proposera un intérieur en état de délabrement (petit clin d’œil à Beckett), un lieu sur lequel la nature aura une certaine emprise. Également concepteur des costumes, le jeune homme dit avoir respecté l’époque de la création de la pièce (1901) et puisé dans les didascalies des indications quant aux couleurs à privilégier, des teintes qui collent bien, dit-il, à la personnalité des protagonistes.

Yannick Landry, pour sa part, a conçu des éclairages de facture réaliste, s’inspirant lui aussi de la lumière naturelle qui agira sur les personnages (ils seront abondants sur la scène) en créant des ombrages, ce qu’il illustrait en nous montrant une forêt recevant obliquement les rayons du soleil.

Enfin, la conceptrice de l’environnement sonore, Marianne Lapointe, a fait entendre quelques échantillons des ambiances qu’elle destine à notre oreille tout en souhaitant qu’elles nous donneront l’impression d’être dans la maison des trois sœurs, avec elles. Ces montages sonores jalonneront la pièce et s’arrimeront aux émotions des personnages.

Neuf comédiens et comédiennes se sont mis en bouche les mots de Tchekhov qu’ils vous livreront avec émotion, en évoquant la magie comme l’absurdité de la vie, dans un spectacle qui sera présenté au Studio Charles-Valois du Collège Lionel-Groulx, du 16 au 19 mars. À noter que la représentation du dimanche (17 mars) aura lieu à 14 h. Les autres débuteront à 19 h 30.

Les billets sont en vente au Cabaret BMO situé au 57, rue Turgeon à Sainte-Thérèse. Achat en ligne: [http://odyscene.com]. Réservation téléphonique: 450 434-4006.

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