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Parfois, on commet l’erreur de le trouver

Manon, incarnée par Julia Smith (de dos), n’obtient pas de réponse à ses questions: «Pourquoi tu m’aimes pas, maman?» (Photo Jean-Marc Laliberté)

Myriam Amrouche et Ariane Daoust Ostiguy, dans une scène de J’veux de l’amour. (Photo Jean-Marc Laliberté).

Parfois, on commet l’erreur de le trouver

J’veux de l’amour

L’amour. Voilà bien un sujet aussi vaste qu’inépuisable. Un océan, une montagne, une planète, un soleil qui brûle les ailes, un univers en expansion, un trou sans fond. «On se trompe en le trouvant parce que c’est fait pour être cherché», soumet Réjean Ducharme, dans son roman Gros mots, un énoncé qui trouve écho dans J’veux de l’amour, spectacle à la fois sombre et beau que nous livraient les finissant(e)s en théâtre musical de Lionel-Groulx, cette semaine.

Sombre, au sens premier du terme, puisque cette production dirigée par le metteur en scène Ghyslain Filion, au studio Charles-Valois de l’institution thérésienne, baignait continuellement dans un clair-obscur quand ce n’était pas dans une quasi-obscurité, les interprètes (13 filles, 2 gars) s’éclairant à la lampe de poche, ce qui participait à une esthétique à l’avenant, soutenant un propos globalement grinçant, noir et amer sur l’amour.

On ne naît pas en venant au monde

Après une entrée en matière à saveur didactique, les acteurs nous accueillant en détaillant une biographie de l’auteur, exercice joliment chorégraphié qui prévoyait par ailleurs de nombreuses citations sur les mots, les livres, l’écriture, la solitude («Ma solitude est mon palais; j’écris pour distraire mon mal» ), on nous plongeait dans un univers poético-romantique, peuplé d’enfants blessés, d’adolescents enragés et d’adultes immatures qui exprimaient leur mal-être d’individus mal-aimés ou mal-aimants, nés brutalement le jour où ils ont douloureusement pris conscience qu’ils existaient.

Qu’il s’agisse de Bérénice, dans L’avalée des avalés, Manon, dans Les bons débarras, André et Nicole, dans L’hiver de force, Mille Milles et Chateaugué, dans Le nez qui voque et tous les autres, cet hommage à Ducharme (puisque c’est bien de cela qu’il s’agissait) se voulait une sorte de procession, lente comme une respiration, de personnages meurtris, sonnés, abasourdis, naïfs ou furieusement lucides, le tout intégrant les chansons de Ducharme (il en a écrit tout un lot pour Charlebois, notamment) et les chorégraphies de Marie-Josée Tremblay, Josée Beauséjour et Julia Smith, dans un tout fluide et cohérent. C’est le coordonnateur du programme de théâtre musical, Mario Vigneault, qui accompagnait talentueusement tout ce beau monde au piano.

Parlant de Julia Smith, elle aura été l’un de nos deux coups de cœur de la soirée pour son interprétation, tout en pureté et en retenue, de cette petite fille (Manon) quémandant l’amour de sa mère. Un très beau moment d’émotion.

Dans un registre tout autre, Marc-Antoine Gauthier et Chloé Lagacé, qui ont occupé la scène pour un bon moment, en deuxième partie de ce spectacle de 150 minutes, ont offert un duo savoureux dans la peau de Nicole et André, les deux protagonistes de L’hiver de force. Ce besoin d’amour criant qu’ils expriment avec candeur, dans une sorte de négation de leur propre identité et de leur individualité, nous parvenait alors avec une justesse remarquable.

Le buffet des mots

Dans l’espace, les interprètes, en plus de jouer, chanter et danser, se faisaient aussi accessoiristes, manipulant à vue différents objets souvent reliés au monde de l’enfance (jouets, poupées, bulles de savon, peluches), lesquels pouvaient tout aussi bien servir l’action ou définir les différents lieux, ou encore cet immense drap blanc, utilisé au maximum, qui pouvait tantôt se faire refuge, paysage enneigée, robe de mariée, écran de projection.

Pour le reste, ce spectacle aura été un copieux buffet où l’on pouvait se gaver des mots de Ducharme, responsable d’un volet majeur de notre littérature, se délecter de ses phrases souvent très dures mais si merveilleusement écrites, si spectaculaires («Je suis plus fort que la mer parce que je peux me détruire moi-même» ), dans un exercice qui menait vers une finale teintée d’espoir, alors qu’on nous les servait en vrac, ces phrases qui nous disaient aussi que la vie est gratuite, qu’il faut se recréer, se mettre au monde, se sculpter soi-même, parce que quand on vient de soi, quand on s’est fait soi-même, on sait d’où l’on vient, on sait qui on est.

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