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Sotchi

Sotchi, allons‑y gaiement!

Le sujet est délicat, mais faut‑il pour autant l’éviter? Je ne suis ni anti ni pro gai, je ne suis qu’un fervent des Jeux olympiques qui détesterait les voir boycottés pour quelque cause que ce soit. Je respecte le droit de chacun à être ce qu’il est religieusement, politiquement et sexuellement et je m’attends à ce qu’il me rende la pareille. La Russie, l’hôte des Jeux olympiques d’hiver de 2014, a promulgué en janvier dernier une loi interdisant la «propagande homosexuelle». Cette loi a évidemment soulevé un tollé en Occident et cet Occident pourtant si tolérant (?) envers les homosexuels, n’a pas tardé à faire entendre plusieurs appels au boycott des Jeux de Sotchi. Facile à comprendre puisque les JO, maintenant télédiffusés partout sur la planète, sont devenus un des plus formidables outils de propagande depuis Berlin en 1938.

Boycotter les JO? Infliger aux athlètes le fardeau de ramener les Russes à l’ordre quant aux droits de la personne? En 1980, les États‑Unis et leurs alliés de l’Ouest ont déserté les Jeux de Moscou pour protester contre l’invasion soviétique de l’Afghanistan. Qui a payé le prix de cette grande indignation américaine? D’innocents athlètes, qui bien que subventionnés par leurs gouvernements respectifs, avaient pourtant consacré des années d’entraînement pour se retrouver à cette rencontre sportive planétaire, un rendez‑vous raté pour des considérations politiques. Quatre ans plus tard, le bloc de l’Est riposte en boycottant les Jeux de Los Angeles; cette fois, ce seront les athlètes communistes qui auront fait les frais d’une vendetta enfantine dirigée par des politiciens dont l’ego n’avait d’égal que leur panse entretenue à la vodka.

En raison de leur renommée, on s’attend à ce que les athlètes de pointe se positionnent sur toutes sortes d’enjeux politiques et sociétaux. On déplore que les athlètes homosexuels, surtout ceux qui participent à des sports virils comme le hockey ou le football, hésitent et résistent à faire leur coming out. Pourquoi? N’est‑ce pas là une décision personnelle que chacun devrait respecter? Certains se sont affichés ouvertement, grand bien leur fasse. Billie Jean King et Martina Navratilova l’ont fait après leur carrière, le basketteur Jason Collins l’a fait en avril dernier et il poursuit sa carrière dans la NBA. Le médaillé d’or à Barcelone Mark Tewksbury en est un autre qui a mis les pendules à l’heure quant à son homosexualité, ce qui ne l’a pas empêché d’être le chef de mission canadien lors des derniers JO à Londres.

Aux dernières nouvelles, le vice-premier ministre chargé des JO a confirmé dans une lettre au CIO que «la Russie s’est engagée à se conformer en tous points à la Charte olympique et à ses principes fondamentaux, conformément au paragraphe 6 qui stipule que toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autre est incompatible avec l’appartenance au mouvement olympique». Personne ne peut croire sérieusement que le gouvernement russe voudrait s’aliéner l’opinion publique en s’en prenant à un olympien. Outre le boycott, qui risquerait de pénaliser injustement tous les athlètes, il reste, individuellement et à ceux qui le veulent, la possibilité de manifester leur désaccord en montant sur le podium. John Carlos et Tommie Smith avaient levé un poing ganté de noir à Mexico en 1968 pour dénoncer le sort réservé aux Noirs aux États‑Unis; ils ont été bannis des JO à vie pour ce geste. En 2014, oserait‑on réserver le même sort à un athlète qui brandirait un poing ganté aux couleurs de l’arc‑en‑ciel?

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