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Le sentiment d’appartenance

Le sentiment d’appartenance

D’abord, deux aveux. Un, malgré l’insipidité de mes Canadiens, je regarde encore en partie leurs matchs à la télé. Et deux, les samedis soir, je syntonise la CBC. Samedi dernier, j’ai vu l’entrevue qu’a accordée Brian Burke à Ron McLean. Comme vous le savez, Burke avait la veille congédié son entraîneur Ron Wilson, mais la discussion a vite bifurqué sur la composition de l’équipe torontoise. À la question teintée de reproche sur l’origine des joueurs de l’équipe, Burke a répondu: «Je me fiche pas mal d’où viennent les joueurs.» McLean a poursuivi en demandant pourquoi une équipe ontarienne persistait à ignorer le talent local lors du repêchage. «Nos dépisteurs vérifient le talent des joueurs, pas leurs passeports.» Vous conviendrez qu’à côté de ça, la sèche et controversée déclaration de Pierre Gauthier «Une langue, ça s’apprend!», c’est de la petite bière. Et ce n’était pas fini. À l’entracte, le toujours délicat Don Cherry a piqué une crise de nerfs en vociférant que les Maple Leafs n’alignaient pas un seul joueur natif de l’Ontario alors que cette dernière était la vache à lait de presque toutes les équipes de la LNH. Encore une fois, les propos nationalistes qu’on reproche à tort ou à raison à Réjean Tremblay et à plusieurs partisans de la Sainte-Flanelle faisaient figure de parents pauvres comparés à ceux du sieur Cherry, la bible du hockey dans le ROC (Rest of Canada).

Pourquoi vous parler de cela? Simplement parce qu’il me semble que ça coule de source que les partisans, soient-ils montréalais, torontois ou «tombouctois», veulent et doivent un tant soit peu pouvoir s’identifier à l’équipe qui représente leur ville et, par extension, leur province ou leur État. Est-ce faire preuve de chauvinisme que de vouloir voir le CH aligner quelques joueurs montréalais ou au moins québécois? Pas plus qu’il est déraisonnable de voir un Torontois espérer applaudir des joueurs ontariens au sein des Maple Leafs ou les Albertains voir les Oilers et les Flames fourbir leur équipe de «bœufs de l’Ouest». Qu’y a-t-il de différent entre une protestation québécoise à l’annonce de l’embauche d’un entraîneur unilingue anglophone et la véhémente dénonciation ontarienne d’une absence totale de joueurs locaux (de souche) chez les Maple Leafs? Pour comprendre, il vous aurait fallu lire les Globe and Mail, Toronto Star et Toronto Sun sur l’indignation québécoise à la suite de la nomination de Randy Cunneyworth comme coach du CH. Je les ai lus et croyez-moi, ça frisait la crise d’Octobre.

Racisme, chauvinisme, séparatisme? Et si on parlait tout simplement de sentiment d’appartenance. Souvenez-vous de ce temps béni, avant le hockey dit élite. Je me souviens avoir déjà vu les gradins de l’aréna de Saint-Eustache (pas nommé dans le temps) remplis pour un match peewee. Pourquoi? Simplement parce que tous les joueurs de l’équipe locale étaient des petits gars de Saint-Eustache. Il ne faut pas non plus se leurrer; la représentativité locale, surtout au niveau professionnel, c’est bien beau, mais la victoire doit aussi être au rendez-vous. Le CH aura beau aligner 25 Québécois francophones, ils deviendront vite la cible des critiques s’ils occupent la cave du classement. Parlez-en aux Brisebois, Richer, Théodore et autres. Cela dit, il n’en reste pas moins que les équipes professionnelles devraient se soucier de l’identité de leur marché. Les deux équipes originales canadiennes, les Canadiens et les Maple Leafs, en ont été l’exemple pendant plusieurs années et, à eux deux, ils ont remporté 37 des 73 séries de Coupe Stanley disputées jusqu’ici.

 

 

 

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