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: l’homme est un animal

Photo Marie-France Falardeau (courtoisie)

Kevin Tremblay (Phil) et Mollie Filion (Leah), incarnent les deux personnages-pivots de la pièce de Dennis Kelly.

Photo Marie-France Falardeau (courtoisie)

Chercher tous les moyens de se sortir d’impasse, quitte à faire accuser un innocent, quitte à user d’extrême violence envers le moindre élément récalcitrant. Sur scène: Kevin Tremblay (Phil) et Marc-Antoine Côté (Adam).

Photo Marie-France Falardeau (courtoisie)

Présentée au Studio Charles-Valois, du collège Lionel-Groux, la pièce se déroulait dans un espace conçu par Daphnée St-Jacques.

ADN: l’homme est un animal

Théâtre

Nous habitons la même planète, alors il faut bien qu’on se ressemble un peu. Aussi est-il longuement question des sympathiques bonobos et de tout ce qui les éloignes de leurs parents pourtant proches, les cruels chimpanzés, dans ADN, pièce de l’auteur dramatique Dennis Kelly qu’on nous présentait pour lancer la nouvelle saison de l’École de théâtre professionnel (ETP) du collège Lionel-Groulx.

Il n’y a pas que le très pertinent Boucar Diouf, en fait, qui s’exerce à tisser savamment des liens entre le monde animal et les sociétés humaines, en particulier la nôtre, et les nombreux documentaires qu’on nous soumet adoptent toujours cette stratégie, allant même jusqu’à désigner la première bestiole venue d’un prénom que nous donnerions affectueusement à notre enfant.

Et les auteurs de théâtre ne s’en privent guère, tel qu’on a pu le constater dans cet excellent spectacle mis en scène par Bernard Lavoie, à la tête d’une production qui nous plongeait dans l’univers d’un groupe d’adolescents aux prises avec cette épineuse question: qui est le plus important, le groupe ou l’individu?

L’homme est un chimpanzé

Chouette occasion de philosopher, dirions-nous (encore faut-il être suffisamment outillé pour le faire), mais voilà que la question se posait au moment où le groupe (le clan), qui venait de gaffer sérieusement en provoquant la mort de son souffre-douleur, s’escrimait à chercher les moyens de se sortir de cette impasse, c’est-à-dire sans assumer son geste, quitte à faire accuser un innocent, quitte à user d’extrême violence envers le moindre élément récalcitrant.

Avant que le personnage de Leah (brillamment incarnée par Mollie Filion) ne se mette à discourir subtilement sur les bonobos et les chimpanzés, on avait pu observer que ce groupe d’adolescents se trouvait sous l’emprise d’un mâle dominant, Phil (excellent Kevin Tremblay), posant stoïquement dans le décor (son autorité assurée par un lieutenant intimidant), se levant stratégiquement, au moment voulu, pour imposer ses vues à la meute agitée. L’homme est un animal, chante Stephan Eicher, et celui de la pièce de Kelly est bel et bien un chimpanzé.

L’homme est bien ce qu’il est, par ailleurs, et cette agressivité insouciante dont on nous avait parlé, en amont de cette production, teintait tout le propos de la pièce qui abordait également cette importance toute relative que nous avons dans l’univers, cette structure dont on peine à concevoir l’infinitude et qui s’assoit sur une mécanique apparemment immuable que la science cherche à comprendre depuis toujours en élaborant des formules mathématiques de plus en plus complexes. «C’est la vie qui dérange l’ordre naturel» , dira John Tâte (Alexandre Fournier), l’un des personnages de la pièce, à ce propos. Serions-nous de trop?

L’homme est un bonobo

C’était beau et triste, tel que nous le soumettait le metteur en scène à la dérobée, tout juste avant la représentation, et ce spectacle nous aura finalement donné tout ce que le théâtre a de mieux à offrir: un texte brillant (chouette traduction de Fanny Britt), une distribution solide, chacun des interprètes assumant totalement ces personnages qui séjournent aux frontières de l’archétype, et tout cet environnement scénique, les costumes évolutifs de Cynthia Hébert-Piché, cette imposante structure évoquant un entrepôt désaffecté (Daphnée St-Jacques), la lumière glauque (Danik Girouard), l’environnement sonore de Léa Bussière (des références à tous ces bruits qui brisent le silence de la forêt, notamment), bref, tout ce qui concourt à transfigurer un vendredi soir normal, à transformer une assemblé d’individus disparates en un public ravi et consentant, même si, effectivement, c’était beau et triste.

Pour vous consoler, documentez-vous sur les bonobos qui sont des singes probablement plus civilisés que nous, qui sont accueillants, ouverts d’esprit, pacifiques, égalitaires, promoteurs d’une cohésion sociale et joyeusement hédonistes.

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