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Le jour où Molière nous a quittés

(Photo Caroline Laberge, courtoisie) Pierre Chagnon joue Molière et Argan, dans «Le malade imaginaire, la quatrième représentation». Avec lui, France Parent, dans le rôle de Toinette, personnage interprété par Mademoiselle Beauval.

(Photo Caroline Laberge, courtoisie) Pierre Chagnon (Argan et Molière), Claude Tremblay (notaire et Monsieur De Brie) et Mireille Deyglun (Béline et Mademoiselle De Brie).

Le jour où Molière nous a quittés

Le 27 février au TLG

N’avait-il pas dit qu’il mourrait en jouant… ce qui n’est vraisemblablement pas arrivé, bien qu’il soit passé bien près. C’était le 17 février 1673 et la Troupe du Roy donnait la quatrième représentation du Malade imaginaire, sur la scène du Palais-Royal, à Paris. Ce serait fatalement la dernière, puisque c’est ce soir-là que l’illustre Molière, qui y tenait le rôle d’Argante, rendait l’âme peu de temps après être sorti de scène. Il avait 51 ans.

Tout au long de la journée, et particulièrement durant la représentation, ses camarades de jeu s’inquiètent vivement de son état de santé et tiennent pour insensé son entêtement à jouer malgré tout. Si la pièce a résolument traversé le temps, en revanche, cette agitation de coulisses ne nous a pas été racontée si souvent. Le sujet intéressait à ce point le metteur en scène Martin Lavigne qu’il s’est permis d’ajouter trois scènes (il a aussi élagué le texte original pour faire de la place) à la pièce. Il en résulte un spectacle intitulé Le malade imaginaire, la quatrième représentation, une production de la compagnie de théâtre La Comédie Humaine, qui fait actuellement le tour du Québec et qui passera bientôt près de chez vous.

L’homme, l’auteur, le comédien

«Toutes les notes historiques que j’ai lues sur le sujet me confirment que Molière avait pu jouer avec l’énergie voulue» , indique Martin Lavigne. Encore aujourd’hui, d’ailleurs, il n’est pas rare que des comédiens survolent la scène malgré qu’ils soient très mal en point. On les entend râler dans leur loge. Il faut les soutenir quand ils reviennent en coulisses. Ils se voient pourtant transfigurés dès qu’ils remettent un pied dans l’espace de jeu. «Les acteurs disent que cette énergie-là vient du public» , explique le metteur en scène. Le public est là, il faut performer et donner le meilleur de soi-même. «Et la plupart du temps, dit-il, le public ne se rend même pas compte qu’ils sont malades.»

Mais les camarades de Molière, eux, le savaient fort bien, et Martin Lavigne, qui avait envie de monter Le malade imaginaire (une pièce racontant l’histoire d’un hypocondriaque qui se fait embobiner par les médecins qui défilent chez lui, mais aussi par tous ceux de son entourage qui songent à le duper), cherchait une façon de le faire comme jamais auparavant. L’idée d’en montrer les coulisses lui est rapidement venue, dit-il.

«Ça me permettait de présenter l’homme, l’auteur, le comédien, l’humaniste. Ceux qui ne connaissent pas Molière vont tout savoir sur lui, de A à Z» , dit-il en annonçant un spectacle qui n’est pas du tout pédagogique, mais tout à fait ludique, avec des emprunts à la commedia dell’arte, notamment, un genre qu’affectionnait particulièrement Molière. «Mon but c’était de faire revivre, pour le public, la soirée du 17 février 1673» , ajoute Martin Lavigne, qui a réussi à condenser trois actes en 90 minutes, excluant les trois scènes de coulisses qui arrivent au début, au milieu et à la fin, en abolissant le fameux quatrième mur.

Cessons d’écouter les charlatans!

Dans ces coulisses, les acteurs, disions-nous plus haut, s’inquiètent pour leur patron, mais ils partagent aussi d’autres préoccupations reliées à leurs conditions de vie, tout comme Molière intervient pour leur rappeler ce qui le motivait en écrivant cette pièce-là. «Les mises en abyme permettent de passer diverses informations par le dialogue» , suggère le metteur en scène et concepteur qui, en cours d’exercice, a dû jongler avec divers niveaux de langage : celui des acteurs qui jouent (tant ceux de la Troupe du Roy que de la Comédie humaine), la langue que l’on parle en coulisses et celle qu’on utilise pour s’adresser au public. «On a opté pour un français normatif, mais on sent très bien la différence entre la langue des coulisses et celle de la scène» , assure Martin Lavigne, qui insiste pour dire que les conversations qu’il relate ont toutes un fond historique dûment vérifié.

Au fil de la conversation, on ressent par ailleurs cette vive admiration du metteur en scène à l’égard de Molière. «Il est franc, direct, drôle et très créatif» , lance-t-il d’emblée, ajoutant que Molière s’est attaqué avec intelligence à des sujets comme les mariages forcés, qu’il a donné énormément de pouvoir aux femmes, qu’il a promu les vraies valeurs de l’amour, qu’il s’est moqué des charlatans comme de la superficialité d’une certaine classe dominante. «Il avait l’intelligence de faire rire ses contemporains en leur racontant des vérités. Il a scruté l’âme humaine et ses réflexions ne font pas que nourrir le théâtre ou la littérature, mais toute la société» , pense-t-il, en soumettant que Le malade imaginaire a encore ses résonnances dans notre siècle. «Cessons d’écouter les charlatans, les menteurs et les mauvais politiciens» , nous dit Martin Lavigne, qui nous suggère d’être méfiants envers tous ceux et celles qui se donnent des titres sans avoir la culture et les connaissances voulues, et de se tourner plutôt vers ceux qui se trouvent du bon côté de la logique.

Toute cette substance nous parviendra par le jeu théâtral, Martin Lavigne ayant confié les mots de Molière (et ceux qu’il a glanés dans les livres d’histoire) à une distribution composée de Pierre Chagnon, Mireille Deyglun, Marie-Ève Trudel, France Parent, Jean-François Bouchard, Simon Fréchette-Daoust, Claude Tremblay et Nicolas Germain-Marchand.

La pièce sera présentée au Théâtre Lionel-Groulx, le jeudi 27 février. Billetterie: [http://odyscene.com].

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