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Journal L'Éveil et La Concorde

L’Amérique ou Le Disparu

Les amateurs de littérature avisés savent très certainement que le roman L’Amérique ou Le Disparu est le premier qu’a écrit le Pragois Frank Kafka. Publié en 1927, il a été rédigé avant Le Procès et Le Château, ses deux romans les plus connus. Demeuré inachevé, ce premier roman raconte les tribulations de Karl Rossman, un jeune Pragois de 16 ans, que ses parents ont envoyé en exil en Amérique parce qu’il a couché avec la bonne. Avec seulement une petite valise et un parapluie comme bagages, il est accueilli à New York par la statue de la Liberté brandissant de sa main droite un glaive plutôt qu’un flambeau. Il ira de rencontre en rencontre, plus souvent malheureuse qu’heureuse, pour découvrir que le rêve américain n’est finalement pas celui qu’il avait imaginé. Il va cependant tenter de comprendre ce qui lui arrive, même si les malentendus, les mauvaises rencontres et les situations invraisemblables lui colleront aux fesses.

Ce roman qui dépeint une Amérique finalement sombre, où chacun ne vit que pour soi, le dessinateur et scénariste Réal Godbout a songé à l’adapter il y a 35 ans déjà, après l’avoir lu. Ses différents projets avec la défunte revue Croc, dans laquelle il a créé avec Pierre Fournier les séries Michel Risque et Red Ketchup, l’ont cependant obligé à mettre de côté cette idée. L’impair est maintenant corrigé avec la publication de cette adaptation du roman de Kafka en bande dessinée, L’Amérique ou Le Disparu (Éditions La Pastèque). Et cela, après sept ans de travail de Réal Godbout, à temps partiel.

L’adaptation se décline sur 158 pages en noir et blanc, divisées en neuf chapitres, avec un supplément de quatre pages à la toute fin, intitulé L’Avocat, d’après Kafka. Le trait du dessinateur qui a été élu au Temple de la renommée de la bande dessinée canadienne en 2009 est ici très reconnaissable pour qui connaît bien les aventures de Michel Risque et de Red Ketchup, deux autres antihéros que Godbout semble affectionner.

Même s’il s’agit d’un récit inspiré d’une œuvre de Kafka, celui-ci se lit aisément, et suscite la sympathie à l’égard du personnage. Il suscite même le rire à certains moments tant certaines situations dans lesquelles il se retrouve sont absurdes. On a aussi hâte de savoir ce qui va arriver à ce pauvre Karl… en espérant qu’il saura s’en sortir au bout. Bref, voici du Kafka fort bien adapté, façon Réal Godbout. La publication de L’Amérique ou Le Disparu est certes l’un des grands moments de la bande dessinée québécoise en cette année 2013.

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