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Du bord des joueurs!

Du bord des joueurs!

Vous me traiterez de «syndicalisse», d’«artisse» ou pire encore de «gratteux de guitare», mais dans ce conflit de travail qui oppose la LNH à ses joueurs, je me range du bord des joueurs. Je sais, je sais, le courant de sympathie n’est pas très fort envers ces athlètes millionnaires. Guy Lafleur, une icône bleu blanc rouge a accusé les joueurs «d’exploiter les propriétaires». Cher Guy! Paul Rivard de la famille QMI, d’ailleurs bien connue pour ses compétences en conflit de travail, a décrété en parlant des joueurs de hockey que «ces pur-sang devraient continuer de brouter l’herbe qu’on leur offre et de rentrer bien calmement à l’écurie, le soir venu.» Ça, ça ne s’invente pas. Et finalement, Stéphane Langdeau de RDS, le roi de L’antichambre, est convaincu avec Ronald Corey que Bettman vaut de l’or pour la LNH et il écrit: «Mais j’y pense, ces constructions d’aréna, ces achats d’équipe, ces contrats de télévision, ce ne sont tout de même pas les joueurs qui ont investi et pris des risques financiers.» Heureusement qu’il pense celui-là!

À tous ceux qui sont d’avis que les joueurs doivent porter l’odieux de ce conflit, rappelons d’abord que les joueurs ne font pas la grève, mais qu’ils subissent un lock-out décrété par la LNH. À ces mêmes personnes qui appuient les miséreux propriétaires de club, j’aimerais rappeler que si les salaires ont atteint les niveaux actuels c’est bien parce que quelqu’un quelque part a enclenché cette roue. Tous ces supposés indigents salivent à l’ouverture du marché des agents libres et c’est à qui se montrerait le plus généreux pour attirer les «meilleurs pur-sang dans son écurie». L’étalon, il ne demande rien lui, il se contente de brouter en attendant la fin de l’enchère, menée par des milliardaires pressés de le payer à coups de millions.

S’il en est qui souhaitent le retour sur la glace, ce sont pourtant bien les joueurs. En connaissez-vous beaucoup qui seraient heureux de se priver de leur chèque de paie, 200 000 $ et plus par quinzaine? Ce sont aussi les joueurs qui organisent une tournée de matchs pour justement faire plaisir aux amateurs et rendre les profits aux œuvres de charité. Oui, ça soigne leur image et oui, ça les tient en forme, mais rien ne les oblige à le faire. Les joueurs vivent des cris et de l’admiration des fans comme les artistes vivent des applaudissements et des feux de la rampe. Quant aux propriétaires…

Prenons Geoff Molson, peut-être le plus sympathique d’entre eux, sans doute parce qu’il est plus près de nous, qu’il parle bien français et qu’il est passé à Tout le monde en parle. Vous pensez qu’il veut que ce conflit se règle parce qu’il est un amateur de hockey fini et qu’il veut plaire aux amateurs montréalais? Sans doute «oui» à ces deux questions, mais d’abord et avant tout parce que tous les billets sont vendus au Centre Bell, parce que ceux qui s’y rendent s’abreuvent des bons produits de sa brasserie et parce que ceux qui se rendent dans les Cage aux Sports et autres bars semblables n’attendent que leur CH préféré marque cinq buts et plus pour profiter des ailes de poulet gratuites, arrosées bien sûr d’une bonne bière. Oui, les proprios investissent l’argent, mais leur seul but est de rentabiliser leur investissement. Je crois cependant que les joueurs investissent eux aussi, leurs talents et leurs corps. Et en toute naïveté, je crois aussi qu’ils pensent plus aux amateurs qu’à leurs poches. Sinon, ils continueraient de «brouter l’herbe qu’on leur donne et rentrer calmement à l’écurie, le soir venu.»

 

 

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