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Belles Soeurs 2018

Sonia Vachon (Rose Ouimet), Geneviève St Louis (Marie-Ange Brouillette), Hélène Major (Lisette de Courval) et Michelle Labonté (Yvette Longpré) dans une scène de Belles-Sœurs. En haut, Éveline Gélinas (Pierrette Guérin). À voir jusqu’au 14 juillet, au Théâtre Lionel-Groulx. (Photo Mélany Bernier, courtoisie)

Belles-Sœurs : ça nous appartient

D’accord, nous n’avons pas de tour Eiffel, de Taj Mahal ou de Parthénon, mais au diable, puisque nous avons Michel Tremblay et ce formidable corpus dramatique qui résonne partout à travers le monde et fait entendre la musicalité de notre langue, comme les particularités de notre culture et l’universalité de nos drames. Et permettons-nous de le dire: ça nous appartient.

Combien de versions des Belles-Sœurs ont été créées sur la planète bleue depuis 50 ans? René-Richard Cyr nous rappelait tout récemment, en entrevue, qu’il s’agissait de la pièce la plus jouée au monde et le metteur en scène, qui prenait brièvement la parole, le mercredi 4 juillet au Théâtre Lionel-Groulx (TLG), comptabilisait 216 représentations de cette version musicale mise au monde en 2010, avec la complicité de Daniel Bélanger, et qui reprend du service avec une nouvelle distribution, quelques retouches et une chanson toute neuve.

On connaît la chanson…

C’était donc la première de cette nouvelle mouture, mercredi dernier au TLG, et personne ne sera surpris d’apprendre que la chose a fait mouche et que le public fut conquis dès la première réplique, le premier échange entre Germaine Lauzon (Kathleen Fortin) et sa fille Linda (Édith Arvisais) qui nous annonçaient (bande de chanceux) que le plus célèbre party de collage de timbres de l’univers s’incarnerait à nouveau devant nous.

Bien sûr, l’exception viendra confirmer la règle, tout le monde connaît les Belles-Sœurs, ne serait-ce que de réputation, tout le monde connaît la pièce par cœur (permettons-nous cette petite exagération), du moins ses répliques les plus colorées que les spectateurs attendent le bec ouvert, comme d’insatiables oisillons qui en redemandent. Assister à une représentation des Belles-Sœurs, c’est un peu comme aller voir son chanteur préféré. On sait à quel moment on rira, on sait qu’on versera ici quelques larmes et on anticipe ces moments avec bonheur, d’autant plus qu’on peut désormais se les chanter (après le spectacle, évidemment, puisque ça demeure du théâtre et que nous sommes polis).

Des doutes?

Or, qu’en est-il de cette proposition renouvelée qui réduit la distribution de 15 à 12 interprètes (on a notamment fondu les personnages de Linda et Lise Paquette), qui s’enrichit d’une chanson (un duo Angéline-Rhéauna, de retour du salon funéraire) et qui garde, pour le reste, ce que nous connaissions de la première version, c’est à dire l’essentiel de la pièce de Michel Tremblay et les lumineuses chansons fabriquées par Daniel Bélanger, sur la base des textes légèrement adaptés et retouchés par René-Richard Cyr.

Se trouve-t-il quelqu’un qui oserait douter de la performance de Kathleen Fortin (impeccable dans les pantoufles de Germaine Lauzon) ou Éveline Gélinas (Pierrette Guérin), qui sont les principales nouvelles têtes des Belles-Sœurs? Quelqu’un qui sera déçu de retrouver Hélène Major dans son interprétation délicieusement typée de Lisette de Courval ou de réentendre la liste des invités de La noce, de la bouche même d’Yvette Longpré (hilarante Michelle Labonté)? De réentendre la très suave Ode au bingo?

Parmi les nouvelles venues, il y a notamment Jade Bruneau qui ne vous laissera guère indifférents avec une Des-Neiges Verrette éminemment fragile et sensible, particulièrement touchante dans la chanson Mon vendeur de brosse, qu’elle livre d’une voix quasi étouffée, en mettant l’accent juste là où il faut, c’est à dire sur le propos. Poignant.

La combativité

Et l’on pourrait continuer de s’épancher en épuisant le lexique des superlatifs devant cette production qui répond résolument aux attentes. René-Richard Cyr nous avait dit qu’il voulait montrer la combativité de ces femmes aux prises avec toutes les misères possibles (sociale, économique, sexuelle) et c’est bien ce qui se produit. Si elles abdiquent parfois sous la pression, qu’elle soit d’ordre social ou religieux, si elles vont même jusqu’à se soumettre à leurs propres diktats, ces femmes ont à l’intérieur d’elles-mêmes suffisamment de force pour survivre et passer à travers les écueils de leur vie. Elles s’en trouvent écorchées, certes, mais elles demeurent instinctivement debout, prêtes pour le prochain round.

On s’y reconnaît intimement parce qu’elles parlent notre langue mais aussi parce que ces personnages qui traversent le temps font irrémédiablement partie de ce qui compose notre ADN collectif, avec des résonnances universelles qui transcendent les cultures et favorisent sans doute le rapprochement. Ça nous appartient, on a le droit de se le dire et de le partager. Personne ne nous le reprochera.

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