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On ne trouve pas les mots dans ces moments-là

(Photo Caroline d’Astous) - Au lendemain du séisme, les cadavres jonchaient le sol de Port-au-Prince.

On ne trouve pas les mots dans ces moments-là

Haïti

Dans l’enfer haïtien (N.D.L.R.) — Notre journaliste Caroline d’Astous se trouve présentement à Haïti. Au moment du séisme qui a violemment touché ce pays, le mardi 12 janvier, elle poursuivait un voyage de coopération à Montrouis, à 70 km au nord de Port-au-Prince, là où elle avait entrepris de s’occuper, pendant tout le mois de janvier, des enfants de l’École mixte de la foi. Son rôle a soudainement changé. Depuis mercredi, on a pu la lire dans le quotidien Le Devoir et l’entendre sur les ondes de RDI raconter ce qu’elle a vu à Port-au-Prince. Voici le témoignage qu’elle nous livrait jeudi, en fin de journée.

En ce début d’année de 2010, j’avais décidé de partir un mois à la rencontre du peuple haïtien. Mon projet: aider bénévolement dans une école primaire. Une idée qui me permettrait de prendre du soleil, visiter le pays et de me changer de ma routine de travail.

Le 12 janvier 2010 restera pour toujours gravé dans ma mémoire. Vers 16 h 45, j’étais dans le bureau du directeur, accompagné du directeur adjoint. J’ai été la première à ressentir les vibrations. «C’est quoi ça?», ai-je demandé aux deux hommes. «Sûrement un gros camion, pas loin», m’a-t-on répondu. Après environ 15 secondes, j’ai réagi. «Il faut sortir les enfants des classes. C’est pas un camion…», ai-je lancé avant de crier: «Tout le monde dehors!»

Le bâtiment de l’école est en ciment, avec un toit en tôle. Le bruit des pièces de métal était infernal. Sentir la terre trembler sous nos pieds nous met dans une situation d’impuissance. On regarde partout. Est-ce que ça va résister? Les battements du cœur et la respiration accélèrent. On veut que ça s’arrête. Assez!

Le village de Montrouis, où est située l’école, est à environ 70 km de Port-au-Prince. La majorité des maisons ont résisté. Jeudi matin, le maire, Elider Dorléant, annonçait un mort. Une seule maison, située en montagne, avait été réduite en ruine.

Après le tremblement de terre, je me suis réfugiée dans une mission américaine, Life Connection. Pas question de dormir dans mon logement, situé au deuxième étage de l’école, sans une vérification de la structure. Nous sommes deux Québécois réfugiés à la mission. «C’est drôle comment les animaux sont nerveux. Je vais aller voir sur Internet», m’a lancé André Ricard, vers 18 h 30.

Les informations étaient horrifiantes. Le pire: c’est le Québec qui nous donnait des nouvelles du séisme. Les 7 000 résidants de Montrouis ont appris la nouvelle des disparitions le lendemain matin, en voyant défiler des camions chargés des corps en direction des différents villages sur la route. On pouvait lire l’incompréhension dans les yeux des gens. Qu’est-ce qui est arrivé à Port-au-Prince? Moi, je savais. Internet m’avait informée, m’avait présenté l’ampleur et m’avait aussi permis de rassurer mes parents et amis. Il n’y a aucune ligne téléphonique fonctionnelle depuis le séisme à l’échelle du pays.

On ne trouve pas les mots dans ces moments-là. Tranquillement, des familles ont tenté de trouver une radio, pendant que je partageais les informations que j’avais obtenues. Les premiers morts de Montrouis sont arrivés vers 11 h, le 13 janvier. Les miraculés les accompagnaient avec l’explication de la tragédie. Les survivants ont cette lourde tâche d’informer les familles d’une possible disparition. Déjà sous le choc d’avoir vu la mort de si près, ils doivent expliquer l’inexplicable.

Une étudiante de Port-au-Prince, Enna, 25 ans, qui se trouvait dans la même classe que son frère, est arrivée au village vers midi, le 13 janvier. Elle a raconté que le mur extérieur de l’école s’est effondré dans les premières secondes du séisme. Quatre personnes qui se trouvaient près du mur ont été projetées vers l’extérieur. Au même moment, le bâtiment entier s’est écroulé. Enna faisait partie de ces quatre personnes. Des secouristes sont venus la sortir des ruines. Les trois autres n’ont pas eu cette chance. Elle est revenue au village retrouver ses parents. Et les informer que son frère ne reviendrait pas.

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