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Joss a connu une enfance difficile

Photo Christian Asselin - Joss Lamontagne vit aujourd'hui une vie normale à Saint-Eustache avec sa conjointe et les enfants de cette dernière.

Enfant de la DPJ, Joss a connu une enfance difficile

Un article publié en une de cet hebdomadaire le 17 avril racontant l'histoire de cette famille d'accueil des Basses-Laurentides qui a accueilli 360 enfants en 12 ans pour le compte de la DPJ a beaucoup fait réagir.

D’un côté, nous avons reçu les réactions de gens qui louangeaient le travail et la bonté de la famille en question et de l’autre, celle de Joss Lamontagne, un «enfant de la DPJ» qui en avait gros sur le cœur et qui tenait à partager «sa» réalité.
«C’est vrai que de bonnes familles d’accueil, il en existe et que la DPJ ne fait pas que de mauvaises choses, mais avez-vous pensé à ces enfants? On parle ici de 30 enfants par année qui vont de famille en famille et qui n’ont jamais de stabilité. C’est ce que j’ai vécu moi et je peux vous dire que ça n’a pas été facile», lance d’emblée Joss, 44 ans.
Cette période sombre de sa vie, «sous l’emprise de la DPJ», comme il l’affirme lui-même, il l’a vécue de l’âge de 11 ans, jusqu’à sa majorité. Mais encore aujourd’hui, il en subit les contrecoups. Sa dernière tentative de suicide remonte à il y a six ans. C’était déjà sa 4e.
Battu à coups de tapette à mouche
«J’ai eu une enfance difficile. Non pas parce que j’étais un petit gars à problème, mais mon père nous a quittés quand j’avais deux ans. Quant à ma mère, elle était absente. Et quand elle était là, elle me battait au sang à coup de tapette à mouche de laquelle elle enlevait la palette de caoutchouc. Je suis resté avec elle jusqu’à l’âge de 11 ans, environ. À cette époque, j’avais déjà deux fugues et une tentative de suicide à mon actif! C’était rough!»
Un jour, c’en est assez pour lui. Il doit décider de son avenir. Mais que faire? Sa voix n’a même pas encore mué.
«J’ai lancé des cris de détresse qui n’ont pas été entendus. Entre 11 ans et demi et 14 ans, j’ai fait trois tentatives de suicide. J’ai essayé de me pendre. J’ai vidé la pharmacie. J’ai mis la switch à off! Je voulais juste partir de là parce que je n’en pouvais plus».
Retrouvé dans le bois
Joss a d’abord tenté de renouer les liens avec son père, mais celui-ci lui a bien fait comprendre lors d’un dîner improvisé au restaurant chez Martine, à Blainville, que sa nouvelle femme «ne voulait rien savoir de lui». N’ayant personne vers qui se tourner, il quitte une fois de plus le foyer maternel. Cette fois sera la bonne.
«Je suis parti avec plein de sacs à dos. Je me suis retrouvé dans un boisé de Blainville où j’avais monté ma tente, mais il s’est mis à mouiller. J’étais en hypothermie. La police est venue me chercher».
Les policiers ont évidemment tenté de communiquer avec sa mère, mais, son fils ayant fugué pour une xième fois, elle a plutôt choisi de se rendre à Magog, pour suivre son nouveau conjoint.
«À partir de ce moment-là, tout s’est enclenché, se rappelle Joss. Je me suis ramassé au poste. Je leur ai raconté mon histoire et leur ai dit qu’il n’était plus question que je retourne chez ma mère».
Un chauffeur de la DPJ est alors venu le cueillir en pleine nuit au poste de police de Blainville pour l’emmener au centre jeunesse La Calèche, à Sainte-Agathe-des-Monts. Débutent alors ses premiers contacts avec la DPJ.
Alors que Joss pensait être enfin sorti de cet enfer dans lequel il était plongé depuis sa naissance, avec le recul, il affirme aujourd’hui qu’il mettait plutôt les deux pieds dedans…

LA DPJ L’A LAISSÉ TOMBER

Assis sur le siège arrière de la voiture qui l’emmène au centre jeunesse La Calèche, de Sainte-Agathe, le petit Joss, 11 ans et demi, est habité par ce sentiment d’avoir enfin la chance d’aspirer à une vie meilleure tout en étant très anxieux de découvrir ce que lui réserve l’avenir.

«En entrant là en plein milieu de la nuit, raconte-t-il, je m’aperçois qu’il y a des barreaux aux fenêtres, des barrures électriques à toutes les portes et des gardiens de nuit. On me met dans une chambre avec quelqu’un que je ne connais pas. C’était tough! Mais au moins, je n’étais plus avec ma mère».
Lors de son premier séjour à La Calèche, Joss y passe six mois, «si ce n’est pas un an», se ravise-t-il.
«Ça s’est bien passé. Pour moi, c’était de la petite bière. J’étais en gang, je ne faisais pas de trouble. J’avais des tâches à exécuter. J’allais à l’école en dedans. Je dis en dedans, car c’était comme une prison. Ta liberté, elle s’arrête à la porte! C’est certain que de ne pas pouvoir en sortir était difficile, mais c’était mieux que ma vie d’avant.»
Toutefois, comme il le dit, il avait dès lors mis un pied dans l’engrenage de la DPJ. «Et une fois que tu y es, tu n’en sors pas comme tu veux! Je ne sais pas à combien de travailleurs sociaux j’ai raconté mon histoire tellement j’en ai eus!»
D’une famille à une autre
Après son séjour au centre jeunesse, Joss, à la demande de la DPJ, a tenté un retour chez sa mère, mais ça n’a pas fonctionné.
«À partir de ce moment-là, on m’a envoyé un peu partout, à gauche et à droite. J’ai fait Le Petit Patro, à Sainte-Thérèse, une famille d’accueil à Saint-Eustache, une autre à Sainte-Thérèse, un foyer d’accueil à Mascouche, un autre foyer d’accueil à Rosemère. Je suis ensuite retourné au Petit Patro, avant d’être renvoyé à La Calèche. J’ai vraiment été charroyé!»
Ce va-et-vient continuel et ses séjours en centre d’accueil ont évidemment nui à Joss, au niveau académique, notamment, puisqu’il ne pouvait compléter une année de secondaire sans être transféré dans une autre ville où il devait intégrer une nouvelle école chaque fois. À ce sujet, il se rappelle d’un événement en particulier qui a marqué son adolescence.
Des événements marquants
C’était le 21 décembre 1990. Il s’en rappelle comme si c’était hier. Après l’heure du midi, la direction de la polyvalente de Sainte-Thérèse, qu’il fréquentait, avait donné congé aux élèves qui pouvaient donc quitter pour leurs vacances de Noël. Joss vivait alors dans une famille d’accueil de Sainte-Thérèse.
«Quand je suis arrivé à la maison, le foyer était fermé. Toutes mes affaires étaient sur le perron. Mes effets personnels. Mon linge. Toute ma chambre en fait. J’avais 15 ans et j’étais à la rue. On m’avait pourtant dit que je serais là jusqu’à mes 18 ans. Quand j’ai appelé mon travailleur social, on m’a répondu qu’il était en vacances et de rappeler dans deux semaines. J’ai dormi au parc Blainville. Je mangeais dans les poubelles. Et là, j’étais encore dans le système de la DPJ! On m’a laissé aller!»
Des histoires comme celle-là, Joss en a des tas à raconter. Il y a cette fois, entre autres, où sa famille d’accueil l’avait «oublié» à La Ronde, et qu’il avait dû passer la nuit au poste de police, car personne ne voulait venir le chercher, ou encore, cette autre occasion où il s’était une fois de plus retrouvé à la rue en raison de la séparation du couple qui opérait la famille d’accueil.
«On m’avait renvoyé à La Calèche, puis au Petit Patro, puis retourné dans une autre famille. En plein hiver! Ça a été l’enfer d’un bout à l’autre. Jusqu’à ce que je dise: c’est assez!»
Appartement supervisé
À 16 ans, il a demandé à la DPJ de lui trouver un appartement supervisé. Il se rappelle encore l’adresse, sa première: 112A, rue Turgeon, à Sainte-Thérèse. La DPJ lui remettait alors un chèque chaque mois pour payer son loyer et sa nourriture. Son travailleur social devait venir le visiter sur une base régulière pour s’assurer que tout allait bien. Il l’a vu une seule fois, «zéro suivi», dit-il à ce sujet.
«Quand je suis entré là, c’était un «un» pas un «un et demi», mais bien un «un», car la toilette était commune. Tout ce que j’avais, c’était une tasse. Je n’avais pas de couvertes, pas d’oreiller, pas de vêtements. C’est une stagiaire travailleuse sociale qui est venue me porter ça deux semaines après.»
Le temps a passé, mais pour Joss Lamontagne, les cicatrices demeurent. Même après toutes ces années, il en veut encore à la DPJ.
«C’est bien beau montrer les beaux côtés de la DPJ, mais de tous les amis que j’ai eus en centre ou en famille d’accueil, cinq ou six se sont suicidés après avoir été transférés d’une famille à l’autre. Ils avaient 14-15 ans. J’ai même une de mes blondes qui s’est suicidée. Pour moi la DPJ, ç’a été un flop total! Oui, je suis sorti de chez ma mère. Mais je ne m’attendais pas à ça… La DPJ m’a laissé tomber.»
Quant à sa relation avec sa mère, malgré toutes les épreuves qu’elle lui a fait vivre, Joss a renoué les liens.
«Personne ne comprend pourquoi, mais elle reste ma mère», a-t-il conclu.

LES CHOSES ONT BIEN CHANGÉ EN 30 ANS

Est-ce que le scénario cauchemardesque vécu par Joss Lamontagne, à la fin des années 80, pourrait se répéter 30 ans plus tard? Rien n’est impossible. Toutefois, nous assure le CISSS des Laurentides, on fait tout pour éviter qu’un enfant ait à vivre une telle situation.
Joss Lamontagne n’est certainement pas seul dans sa situation. D’ailleurs, lors de l’entrevue qu’il a accordée au journal, celui-ci se réfère régulièrement aux amis qu’il s’est faits dans les foyers ou familles d’accueil qu’il a fréquentés.
«On se recroise ici et là tout le long de notre adolescence», affirme Joss, à ce sujet. C’était il y a 30 ans. Mais qu’en est-il aujourd’hui? Est-ce que le mot «stabilité» fait partie du vocabulaire des enfants de la DPJ?
Contacté à ce sujet, le CISSS des Laurentides, par l’entremise de sa porte-parole, Myriam Sabourin, a expliqué que plusieurs améliorations ont été apportées afin d’éviter qu’un enfant soit trimballé d’une famille d’accueil à l’autre.
«Une attention particulière est accordée au choix de la ressource la plus susceptible de répondre aux besoins spécifiques de l’enfant, de même qu’à sa capacité à pouvoir lui offrir un milieu de vie à plus long terme si un retour en milieu familial ne peut être réalisé», dit-elle avant d’ajouter que chaque milieu d’accueil est évalué en fonction de critères «précis et rigoureux» permettant de mesurer sa capacité à pouvoir répondre aux besoins d’un enfant qui lui serait confié.
«Un suivi continu est effectué pour s’assurer de la concordance entre les services rendus par le milieu d’accueil et les besoins spécifiques de l’enfant», insiste Myriam Sabourin, précisant qu’un intervenant social est en constante communication avec les familles d’accueil et que celles-ci bénéficient également de l’expertise de pédopsychiatres, d’éducateurs, de psychologues, etc. afin, dit-elle, «d’assurer la pérennité du projet de vie de l’enfant dans ce milieu».

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