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Joseph Pellegrini et la passion des mots

Photo Claude Desjardins - Joseph Pellegrini a été invité à couper le ruban, geste officiel posé lors de l’inauguration de la bibliothèque portant son nom.

Photo Claude Desjardins - Joseph Pellegrini
Photo Claude Desjardins - L’affiche surplombant les rayonnages de la bibliothèque Joseph Pellegrini.

Joseph Pellegrini et la passion des mots

Une bibliothèque inaugurée à son nom

Une toute petite bibliothèque, en fait. Un modeste rayonnage qui occupe une portion de couloir, au sous-sol du Centre de jour du Centre d’hébergement de Saint-Eustache. Un millier de documents, peut-être, qui sont arrivés là grâce à un passionné des mots du nom de Joseph Pellegrini, qui cite volontiers Napoléon, quand on le taquine à propos de sa taille: «Vous n’êtes pas plus grand, vous êtes plus haut.»

Vous aurez deviné que le monsieur n’est pas un géant, mais son appétit pour les mots, les langues et la littérature est gargantuesque et demeure intact depuis sa plus tendre enfance. Ce n’est donc pas par hasard que la bibliothèque dont il est question plus haut, constituée à l’intention des usagers de l’établissement, porte le nom de Joseph Pellegrini, avec la mention Un livre emprunté n’est pas un livre perdu!

Un lent et patient travail

En fait, M. Pellegrini, comme il se plaît à le raconter, fut le seul à lever la main, il y a quatre ans, alors que les responsables de l’établissement demandaient à une quinzaine d’usagers inscrits à un atelier si quelqu’un serait intéressé à participer bénévolement à un projet de bibliothèque. «Je ne pensais pas qu’il y avait tant de choses intéressantes à voir au sol, mais il y avait 14 têtes qui regardaient dans cette direction, blague-t-il. Alors, j’ai dit: moi, je vais le faire.»

La chef d’équipe du Centre de jour, Nathalie Jutras, explique que, depuis quelques années, l’établissement recevait des dons de livres qu’on voyait s’empiler pêle-mêle sans que quiconque puisse en bénéficier. M. Pellegrini, qui avait alors 89 ans, s’est patiemment attelé à la tâche, à raison d’une à deux journées par semaine (il a même été freiné par un AVC en cours de route), triant les volumes en catégories diverses qui font désormais l’objet d’un classement en bonne et due forme: romans d’amours, suspense, biographies, littérature québécoise et autres.

Des affiches en gros caractères et des pictogrammes permettent à ceux qui ont la vue basse de repérer facilement les différentes sections et M. Pellegrino, qui connaît bien son monde et les goûts de chacun, parcourt parfois les étages du Centre pour y aller de ses suggestions et distribuer quelques bouquins.

Âgé de 93 ans, l’Eustachois Joseph Pellegrino est chimiste de profession (il a notamment œuvré pour les compagnies Electric Reduction et Building Product) et a pratiqué différents métiers. Il a été chef cuisinier, et de ses mains habiles, s’est aussi fait couturier, lui qui a même fabriqué les robes de mariées de ses six sœurs. «C’est un homme d’exception, un homme de tête, déterminé et persévérant, imaginatif, un homme de cœur, dévoué, généreux et passionné» , a mentionné Nathalie Jutras, en présentant le monsieur.

Un talent pour la lecture

En entrevue, Joseph Pellegrini racontait avoir été mis en contact avec les livres, alors qu’il était enfant. À l’âge de quatre ans, il fréquentait l’école des Sœurs de la Providence, où la langue était une matière fort importante. «J’ai toujours lu, dit-il. Et à ce moment, chaque fois que je tombais sur un mot que je ne connaissais pas, on nous tendait le dictionnaire.»

C’est comme ça que M. Pellegrini a développé son riche vocabulaire et son amour pour les mots et les langues. Pensez, il en a parlé sept tout au long de sa vie. C’est son père, qui en possédait 12, qui les lui a enseignées, en insistant pour qu’il adopte chaque fois l’accent du pays.

Sur ses goûts littéraires, il avouera son penchant pour la «vraie» science-fiction, celle de Jules Vernes et Isaac Asimov, qui était plus qu’un écrivain, pour M. Pellegrini qui a étudié toute son histoire et colligé maintes anecdotes à son sujet. «Il avait peur de prendre l’avion. Il disait: je sais comment c’est fait, je sais comment ça tient en haut, mais tout ce qui monte redescend» , raconte-t-il à son sujet.

Incapable d’identifier quel fut son livre préféré tout au long de sa vie (il y en a eu trop), M. Pellegrini ne s’est par ailleurs jamais laissé tenter par l’écriture. «On me dit souvent qu’avec la vie que j’ai eue, je pourrais écrire un livre. Je suis capable de parler d’un livre que j’ai lu, mais je n’ai pas le talent pour écrire. Par contre, j’ai du talent pour lire» , de dire celui qui peut maintenant en faire bénéficier la clientèle du Centre de jour, grâce à cette bibliothèque qui porte désormais son nom, une œuvre qu’il considère avec une véritable fierté. «Oui, je suis fier de moi, fier de ce que j’ai fait, mais pas orgueilleux, nuance-t-il. N’importe qui peut être orgueilleux, mais pour être fier, il faut avoir une raison.»

 

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