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Agro-Biotech cultivera du pot pour Emerald Health Therapeutics

Photo Christian Asselin - La patience de Yan Dignard a porté fruit. Il est aujourd'hui multimillionnaire après avoir vendu Agro-Biotech à Emerald Health Therapeutics. Il continuera toutefois de gérer l'entreprise.

Agro-Biotech vendue à un géant de l’Ouest canadien

Une transaction évaluée à 90 millions de dollars

 Le 1er mai, Emerald Health Therapeutics inc., un producteur de cannabis basé à Victoria, en Colombie-Britannique, annonçait l’acquisition, pour la somme de 90 M$, de l’entreprise eustachoise Agro-Biotech, l’un des six producteurs québécois autorisés à cultiver du cannabis médical par Santé Canada. En marge de cette transaction, son président, Yan Dignard, a ouvert ses portes au représentant du journal, vendredi, pour une visite privilégiée de ses installations.

Située dans le quartier industriel de Saint-Eustache, dans un bâtiment qui appartenait jadis à Transport Robert, Agro-Biotech utilise actuellement 20 000 pieds carrés d’une bâtissequi en compte 75 000. «D’ici la fin de l’année», de dire Yan Dignard, l’entreprise espère bien être en mesure de produire un minimum de 10 000 kilogrammes de marijuana (comparativement aux 3000 actuels). Ce cannabis, qualifié de Dom Perignon du Québec par son producteur, sera décliné en une cinquantaine de variétés différentes.
«C’est une course contre la montre», insiste M. Dignard qui, à quelques mois de la légalisation du cannabis récréatif, n’a pas une seule seconde à perdre dans ce milieu en constante évolution.
«Présentement, Agro Biotechest un producteur médical, mais lorsque la réglementation va changer, des amendements seront apportés à notre licence, ce qui nous permettra de devenir producteur récréatif. Nous devons donc accélérer rapidement la production».
Un long processus
C’est en août 2017 que Yan Dignard et ses deux associés ont pris possession du bâtiment qu’ils occupent sur le boulevard Industriel et entamé sa transformation. Cinq mois plus tard, soit le 12 janvier 2018, ils obtenaient, de Santé Canada, leur licence de producteur officiel et étaient donc autorisés à cultiver de la marijuana à des fins médicales.
«C’est une démarche qui a pris plus de quatre ans et demi. C’est long parce que Santé Canada fait beaucoup de vérifications, au niveau de la sécurité, notamment. Les antécédents judiciaires de chacun des employés doivent, entre autres, être vérifiés», explique Yan Dignard avant d’ajouter que l’historique de la bâtisse et de ses occupants actuels, mais aussi des précédents, est aussi analysé. On veut ainsi s’assurer que personne n’a de liens, de près ou de loin, avec le crime organisé.
D’abord producteur désigné
Détenteur d’un baccalauréat en administration, Yan Dignard a fondé, en 2002, les Produits Jurassic, une compagnie d’engrais spécialisée dans les suppléments pour plantes, fleurs et jardins.
Originaire de Saint-Jérôme, le nouveau multimillionnaire était déjà bien connu de Santé Canada qui lui avait octroyé une licence de producteur désigné en 2012 au bénéfice d’une personne de son entourage, alors atteinte du cancer, et de l’un de ses bons amis, qui souffrait d’une scoliose.
«Le fait d’être producteur désigné m’a permis d’aider mes proches, mais aussi d’entamer un processus légal de recherches et développements. En juin 2013, le Règlement sur la marijuana à des fins médicales, le RFM, a été publié dans la Gazette officielle du Québec. C’est alors que j’ai fait application pour devenir producteur».
Bien accueilli à Saint-Eustache
La première bâtisse qu’avait ciblée Yan Dignard pour entreprendre cette aventure était située sur le terrain de l’aéroport de Mirabel et totalisait une superficie de 100 000 pieds carrés. Il s’agissait de l’ancien entrepôt de Technicolor, une entreprise qui a dû fermer ses portes en 2010, faute de contrats à la suite du tsunami qui avait secoué le Japon.
«ADM [Aéroport de Montréal] nous avait donné son autorisation, de dire Yan Dignard, mais au moment de conclure la vente, en 2016, elle avait changé sa position. On ne voulait pas de notre type d’entreprise étant donné la présence à proximité d’autres entreprises qui avaient des contrats avec la Défense nationale».
Yan Dignard s’est alors tourné vers Saint-Eustache qui l’a accueilli à bras ouverts.
«Dès les premiers contacts, la Ville a été très réceptive à notre demande parce que nous allions, entre autres, créer des emplois durables, mais également parce que le zonage, dans le parc industriel, le permettait»
D’ici un an, Agro-Biotech prévoit embaucher une centaine de travailleurs, une main d’œuvre qu’elle compte traiter comme des membres de la famille.

Une usine anti-malfaiteurs et des emplois bien rémunérés

N’entre pas qui le veut chez Agro-Biotech. Et une fois qu’on y est, que l’on soit un visiteur ou un employé, tous nos déplacements sont épiés à la loupe.
Il faut dire que dans cette usine d’une superficie de quelque 75 000 pieds carrés, située au cœur du parc industriel de Saint-Eustache, on ne fabrique pas un banal produit qu’il est possible de se procurer au dépanneur du coin, mais bien du cannabis, un «médicament» qu’il est encore difficile de trouver sur le marché. Et si jamais une personne malveillante avait la mauvaise idée de tenter de s’y introduire, elle en sera vite découragée.
Une barrière de sécurité empêche d’abord l’accès à tout véhicule sur la propriété. Pour la franchir, il faut en obtenir l’autorisation en annonçant sa présence à travers le micro d’un interphone. Pendant qu’à l’intérieur, on décide si on nous laisse ou non entrer, des caméras de sécurité, disposées à des endroits stratégiques tout autour de la bâtisse, filment les moindres mouvements des visiteurs potentiels.
La «Zone 51» de Saint-Eustache
«Tout est contrôlé, souligne Yan Dignard, président d’Agro-Biotech. Tout est filmé et enregistré 24 heures sur 24, 7 jours par semaine. Souvent je fais des farces en disant qu’une prison, on ne peut en sortir, alors qu’ici, on ne peut rentrer! Dès que vous passez la barrière, le système de sécurité vous capte. Nous avons un lien direct avec la police de Saint-Eustache qui sait ce qu’on fait ici. Nous avons un temps de réponse rapide! Ça évite que les gens tentent une introduction.»
Chacun des départements de l’entreprise n’est par ailleurs accessible que par les employés qui y travaillent, au moyen d’une carte magnétique. Par exemple, un employé qui travaille à la coupe n’a pas accès à la salle d’emballage, et vice versa. Quant à la marijuana, difficile, voire même impossible, d’y avoir accès. Même les retailles sont détruites sur place après avoir été neutralisées avec de la chaux.
«L’ensemble des produits prêts à la vente sont conservés dans une voute de banque, un véritable coffre-fort que nous avons d’ailleurs acquis des Caisses Desjardins. Quand je vous dis que la sécurité est une priorité, vous en avez un autre bon exemple», d’ajouter M. Dignard, l’homme derrière la conception des plans d’architecture pour la simple et bonne raison que «personne ne connaissait ça», dit-il.
«Je me suis beaucoup inspiré de ce qui se fait au niveau pharmaceutique puisque nous nous voyons davantage comme un producteur pharmaceutique plutôt qu’agricole».
Quant aux odeurs, elles sont filtrées au charbon qui filtre 99,9 % des molécules. «Selon la loi, aucune odeur ne doit s’échapper de la bâtisse. Et à l’intérieur, ça ne sent pas, à l’exception des départements où il y a de la marijuana, bien sûr.»
Une cafétéria, de même que des vestiaires munis de douches sont également mis à la disposition des employés.
«On ne veut pas que nos employés finissent de travailler et qu’ils aillent chercher leurs enfants à la garderie en sentant le pot! Le nerf de la guerre ici c’est hygiène et salubrité», dit Yan Dignard à ce sujet.
Des emplois payants
Agro-Biotech sera en outre présente au Salon de l’emploi de Saint-Jérôme, au début du mois de juin. Elle participera aussi aux Mercredis de l’emploi d’Intégration Travail Laurentides, un organisme qui s’adresse spécifiquement aux personnes handicapées qui souhaitent intégrer le marché du travail.
«Les emplois que nous avons à offrir sont répétitifs – enlever des feuilles par exemple – alors nous avons pensé à cette main d’œuvre qui pourra très bien faire le travail».
Les emplois que compte offrir Agro-Biotech ne seront pas payés au salaire minimum. Au contraire, on veut que les employés bénéficient d’une certaine qualité de vie.
«Cet automne, indique Yan Dignard, nous allons procéder à l’embauche de la masse d’employés. Nous offrirons des emplois à 15 $ puisque nous voulons offrir une qualité d’emplois. Peu importe la position que tu auras dans l’entreprise, tu en obtiendras des parts. En travaillant chez nous, tu deviens donc un associé de l’entreprise.»
Une fois les trois phases de développement complétées, on estime à une centaine le nombre d’employés qui travailleront chez Agro-Biotech.

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