Devant nous, immenses et majestueuses, se dressent les grandes portes du cloître. C’est maintenant que nous découvrirons la vie un peu (moins) secrète des moniales bénédictines.
Prenant place dans l’église pour assister à notre première messe en latin (célébrée par le chapelain André St-Cyr et l’abbé Bleau), nos regards sont rivés sur les religieuses entrant en procession et s’inclinant par groupe de deux devant la sacristie. Cet office divin est empli d’un tel respect et de vénération envers Jésus-Christ que la décence et la pudeur nous feront baisser les yeux à plusieurs reprises. Il serait presque indécent que d’observer sans retenue… même si une grille nous sépare d’elles.
Patiemment, sœur Magdalena nous indique, de son doigt, la section du livre de messe que nous devons suivre. Bien sûr, la traduction en français nous permet de comprendre le tout, mais le latin exerce une trop grosse emprise méditative sur l’esprit. Accompagnée du chant grégorien des moniales, l’introspection n’est plus une option, mais une évidence.
Et nous ne sommes pas les seuls. Derrière nous, des citoyens se recueillent, les yeux fermés. La messe matinale à l’abbaye s’adresse à tout le monde.
Ab imo pectore ou imo pectore (Du fond de la poitrine, du cœur)
«La vie monastique est une vie de fête», nous raconte un peu plus tard sœur Bernadette. «Nous chantons pour les saints, nous prions en chantant et notre mère abbesse nous chante l’Évangile tous les dimanches.»
Munie de sa harpe médiévale, sœur Bernadette nous fait don de l’étendue de son talent musical. Accompagnée des sœurs Marie-Laetitia et Marie-Madeleine, elles se prêtent au jeu et chantent dans l’église abbatiale silencieuse depuis peu.
«Vous allez voir, ici, nous avons toutes des talents particuliers; nous vous les ferons découvrir demain», avertit sœur Bernadette, une lueur dans les yeux.
Pendant un moment, dans cette église illuminée par le soleil, le temps semble s’arrêter. Heureuses et pétillantes d’énergie, les bénédictines s’arrêtent et nous scrutent attentivement.
Prêts pour les autres visites? Direction: l’aile ouest du monastère. Nous apprenons que cette division fut construite en 1946. Aujourd’hui, elle regorge d’enluminures, de statues et d’icônes. Chemin faisant, nous nous arrêtons devant la statue de Saint-Benoît.
- À lire aussi dans le dossier spécial :
- - Pax tecum (Que la paix soit avec toi)
- - Amor fati (Aime ta destinée)
- - Substratum (Le fond, le principe, l'essence)
- - Carpe diem (Met à profit le jour présent)
Si l’histoire du saint homme n’a plus de secret pour personne grâce au talent d’oratrice de sœur Bernadette, cette dernière déclenchera bien des fous rires avec sa gestuelle et ses mimiques qui accompagnent son récit.
Ramenés à des siècles en arrière par l’histoire de tous ces saints qui ont ponctué l’Histoire, nous l’écoutons attentivement jusqu’au moment où la sonnerie soudaine d’un téléphone cellulaire nous rappelle que nous sommes bien en 2011.
Jaillissant sous les plis de la robe de sœur Bernadette, un portable dernier cri. Quelques secondes plus tard, nous apprenons que notre présence est requise un peu plus loin. D’une œillade rieuse, sœur Marie-Madeleine répond à notre question muette: oui, oui, les religieuses ont aussi des cellulaires!
Et alibi (Et en autres lieux)
Pris en charge désormais par sœur Magdalena, nous descendons quelques marches pour nous rendre au parloir, un endroit qui est délimité par une grille et qui permet aux religieuses de recevoir leur famille. Une fois par mois, à raison d’une heure, elles échangent avec ceux et celles qui viennent leur rendre visite.
«Une fois le choc passé de voir la moniale au travers d’une grille, la famille ne peut qu’abdiquer devant la joie qui émane d’elle», rassure sœur Magdalena.
Avant de remonter au dernier étage de l’abbaye pour une visite officielle de l’hôtellerie, nous bifurquons vers un petit balcon. C’est ici qu’un formidable tête-à-tête nous attendra avec sœur Magdalena.
«Moi? J’ai eu la vocation à 40 ans seulement», nous confie-t-elle, taquine.



.jpg)


.jpg)
.gif)